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Parole du juge et procès coutumier sans administrateur

Qu’est-ce qui fait la force du juge dans les procès négro-africains ? L’étude de ce sujet est intéressante en ce qu’elle permet de comprendre que c’est la parole qui fait la force du juge dans les sociétés considérées. La parole fait autorité en ce qu’elle incarne la puissance du groupe. Cette force est avant tout celle de la famille composée de beaucoup d’individus. Le lien sanguin n’est plus le seul critère de rattachement au groupe. C’est pourquoi, l’on parle de famille large ou nombreuse, avec des conséquences sur la formation du mariage et les relations aux personnes, sur la gestion des moyens de production, sur le fonctionnement de la justice. La puissance de la parole est aussi incarnée par le juge qui est en même temps un chef, un souverain. Jusqu’à la veille de la colonisation, le chef était considéré comme l’incarnation du groupe, le porte-parole du clan, celui sur lequel se fondaient les volontés « individuelles ». Toutefois lorsque les administrations coloniales européennes se sont installées en Afrique noire, elles ont posé les bases du processus d’un métissage culturel qui n’est pas resté sans conséquences sur les conceptions juridiques locales. Par conséquent, entre le 7e (avènement de l’Islam) et le 20e siècle, les conceptions juridiques de l’Afrique noire se sont enrichies d’apports extérieurs islamiques ou européens. Et la domination coloniale, européenne notamment, a été l’occasion de créer de toutes pièces un droit indigène, tiré des pratiques des autochtones. C’est ce droit tiré des pratiques coutumières par les autorités coloniales qu’on a appelé droit coutumier. A partir de cet âge, le chef traditionnel devint un administrateur, c’est-à-dire le « délégué » de l’administration coloniale. Ainsi, le chef de village. La parole du chef ne s’exerce point de manière arbitraire ou abusive. La parole du juge a, par conséquent, évolué de la période traditionnelle à la colonisation. D’abord, celle-ci est incarnée aussi bien par l’autorité du groupe que par le juge qui lui-même est un chef. Ensuite sous l’effet de la colonisation, elle est encadrée aussi bien dans sa fonction cadiale que comme parole du souverain. Notre travail s’attachera, par conséquent, à démontrer que la parole du juge est incarnée, d’une part (I) et elle est encadrée, d’autre part (II).


Auteur(s) : AMADOU ABDOULAYE DIOP
Année de publication : 2021
Revue : annales africaines
Type : Article
Mise en ligne par : DIOP Amadou Abdoulaye