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Femmes musulmanes et lutte : analyse d’une pratique marginale et marginalisée au Sénégal

Des inégalités sexuées sont manifestes dans le champ du sport en général et dans la lutte considérée comme sport de tradition masculine en particulier (Louveau, 1986). En effet, celle-ci reste marginale en tant que pratique instituée – peu féminisée avec moins de 1% de licenciées (Diatta, 2007) – voire marginalisée en ce sens qu’en dépit de la démocratisation tant clamée (Loi 84-59, 1984), des efforts ne sont pas consentis dans le cadre des politiques publiques pour sa massification. Cette recherche s’inscrit dans une démarche compréhensive (Kaufmann, 1996). Elle tente de montrer que les propriétés et caractéristiques réglementaires, biomécaniques, techniques ou la logique interne (Pociello, 1981) de la lutte seraient en contradiction avec les normes sociales, religieuses et de féminité hégémoniques au Sénégal (Bop, 1984) incorporées aussi bien par les lutteuses que par les promoteurs, les amateurs et les gestionnaires chargés de son développement. Les représentations que ces principaux acteurs ont du corps féminin et de ses usages concouraient à la marginalisation de la lutte féminine à cause de ce que Bourdieu (1998) appelle « la force symbolique ». Quels sont les éléments de résistances socioculturelles ? En quoi ces éléments sont-ils réfractaires à la lutte féminine ? Comment et pourquoi les principaux acteurs se soumettent-ils à ces normes ? Pour répondre à ces questions, la démarche méthodologique utilisée est essentiellement qualitative. Elle repose sur l’utilisation de l’entretien semi-directif comme technique de recherche. En effet, ce type d’entretien est approprié pour recueillir des informations et des éléments de réflexion riches et nuancés (Quivy, Campenhoudt, 2006). Les résultats obtenus mettent en évidence les représentations que ces acteurs se font du corps, de la féminité, de la religion et leurs incidences sur la pratique et les politiques de développement de la lutte féminine. Leur conception du corps féminin, de la place ainsi que des rôles attendus des femmes dans la société en général et dans l’arène en particulier, explique la marginalisation de la lutte féminine et l’absence de politique publique pour la promotion et le développement de la lutte féminine.


Auteur(s) : 2.Ndongo Mouhamed Dit Momar Talla ; Tine Cheikh Tidiane
Pages : 169-180
Année de publication : 2018
Revue : Revue Corps, CNRS Editions
N° de volume : 16
Type : Article
Mise en ligne par : NDONGO Mouhamed dit Momar Talla