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Autochtonie et « frontières » en questions dans les conflits fonciers en Haute Casamance

Depuis le début des années 2000, la haute Casamance fait l’objet de conflits de ressources récurrents dans sa partie nord allant de la frontière sud de la Gambie jusqu’à la latitude de Médina Yoro Foula. Le front pionnier agricole, initié par les migrants venus du Saloum qui ont franchi la limite naturelle et politico-administrative constituée par la Gambie pour s’installer dans les massifs forestiers faiblement appropriés, constitue un facteur influent de cette dynamique. Les raisons qui président à l’arrivée massive de ces migrants en Casamance sont les mêmes que celles qui les avaient conduits vers les cantons de Sokone et Djilor au début du XXe siècle. Il s’agissait pour eux, tel que le rappelle Paul Pelissier de trouver des terres et une pluviométrie propices à la culture de l’arachide. Dans la perspective d’un cadrage environnemental et social nous nous demandons quelle est la valeur explicative du caractère identitaire imputé aux conflits opposant le plus souvent agropasteurs autochtones et paysans allochtones venus du centre Sénégal ? Quelles frontières se créent les groupes et leurs alliés ? Sommes-nous en présence de conflits liés à l’appartenance ethnico-géographique ou de simples conflits de ressources issus de la rencontre de modes de production et de reproduction antagonistes ? cet article révèle que l’autochtonie participe d’un double processus de déconstruction-reconstruction des cadres de légitimité et d’inclusion-exclusion du partage des ressources que ce soit au niveau local ou national. Le clivage basé sur les frontières identitaires est l’un des éléments majeurs sur lesquels se fondent et se développent les particularismes et les radicalisations au sein des États africains postindépendance ainsi que des formes particulières d’élimination de groupes ou d’ethnies qui peuvent être très brutales et de grande échelle. Il convient dès lors de s’interroger sur les mécanismes d’auto-cloisonnement ou d’exclusion qui fondent les replis identitaires et impactent l’allocation des ressources disputées. Autrement dit, les construits sociaux qui établissent les frontières politiques économiques et communautaires entre groupes et la façon dont ces mouvements opèrent un glissement subtil entre identité et espace.


Auteur(s) : DIA Ibrahima
Pages : 191 à 203
Année de publication : 2015
Revue : Revue Ethiopiques
N° de volume : N°95
Type : Article
Mise en ligne par : DIA Ibrahima