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L’africanisation de l’enseignement et de la recherche en géographie à l’université Cheikh Anta Diop : lecture à partir des travaux de Cheikh BA

Ce texte interroge l’africanisation des contenus d’enseignement et de recherche à l’université comme à la fois demande sociale, injonction politique et réforme institutionnelle. Il s’agit de revenir sur les contenus mobilisés, les orientations de recherche qu’elle a suscitées, la charge idéologique et scientifique qu’elle a charriée ainsi que le jeu de relation avec d’autres champs discursifs. Plus de quarante cinq ans après, même si le terme n'est plus d’actualité et ne suscite plus autant de passions, l’interrogation sur l'africanisation n'est pas dénuée de sens. Il est intéressant d’interroger les postures et les changements dont elle a été porteuse. La méthode adoptée est l’analyse de contenu qui combine l’examen des programmes d’enseignement et l’étude des thèses et des publications scientifiques. L’accent est mis sur les enseignements et les travaux de Cheikh BA, l’un des premiers assistants de nationalité sénégalaise. La documentation nous permet de situer, dans le temps ce processus d’africanisation, de retracer son usage et le contenu qui lui est donné par les chercheurs en général et sénégalais, en particulier. Les témoignages des contemporains de la réforme ont été recueillis pour appréhender leurs perceptions de la réforme et les changements opérés. L’analyse des programmes montre que les enseignements à l’Université de Dakar ont longtemps évolué sous la dépendance et le mimétisme français. Après le départ des Français, le Sénégal ne disposait pas de la masse critique d’enseignants-chercheurs pour engager une réflexion sur les contenus si bien que les enseignements sont restés des prolongements de ceux de la métropole. Il faut attendre les années 1990, pour que la réflexion aboutisse à l’élaboration d’un programme d’enseignement spécifique. Si l’africanisation signifie le centrage du questionnement scientifique sur les réalités africaines, la recherche apparaît comme un secteur ou l’africanisation a été la plus marquée. L’économie des travaux de Cheikh Ba, montre que l’africanisation est une question scientifique difficilement dissociable des positions politiques et idéologiques. Elle doit déborder les aspects strictement institutionnels pour s’ouvrir sur des interrogations plus globales comme les systèmes sociaux, les modèles culturels, les exigences de développement économique, etc. Ce sont de nouveaux champs ouverts par l’africanisation et dont il reste encore à relever les défis, notamment en termes de formation.


Auteur(s) : Mamadou Bouna TIMERA et Aminata NIANG DIENE
Pages : 243-258
Année de publication : 2015
Revue : Espaces et Sociétés en Mutation
N° de volume : numéro spécial, décembre 2015
Type : Article
Mise en ligne par : NIANG Aminata